"... pour conclure, si le SAR fête ses 100 ans en 2004, je me dis que dans un ans, j'aurai fait un demi-siècle avec lui, et comme dans tous les vieux ménages, malgré tout ce qui peut se passer entre nous, nous resterons unis jusqu'au bout."
Ainsi Jean termine-t-il sa biographie, et cette conclusion pourrait servir de leitmotiv à tout (futur) dirigeant.
Sorti des brumes de St-Maixent-L'Ecole, Jean découvre le rugby à 19 ans, signe sa première licence en 53, au stade Niortais (alors en 1° division) et se rappelle les quelques matchs qu'il a fait au plus haut niveau, sous la houlette de Zabaletta, contre Bègles, Bézier, Perpignan, Le TOEC...
En 55, appelé sous les drapeaux, à Rochefort (qu'il ne quittera plus), il rejoint les saristes de l'époque : les incorrigibles, Nanar, La Chouette, Zizi... les surdoués, Bégué, Coussine..., un entraîneur atypique Ecala surnommé le Basque bondissant, et consort.
Désormais au service du club, il sera joueur, entraîneur, éducateur, dirigeant, homme à tout faire... il donne le meilleur de lui même, porteur des valeurs que véhiculait le rugby d'après-guerre : la joie de vivre, le respect de l'autre, la fidélité en amitié, le goût de l'effort, le désintéressement...
Des souvenirs, il en a plein la tête... Il faudrait des pintes et des pintes de bière pour en venir à bout...
Des souvenirs du terrain : de mêlées relevées en grandes envolées...
Sachez que Jean opérait en 2° ligne : il était fait pour le défi physique, l'affrontement et le combat : d'abord s'imposer devant pour gagner le ballon puis envoyer du jeu derrière... et dans les grands espaces, il était loin d'être ridicule : coureur, adroit balle en mains, il était capable de participer aux grandes envolées...
La saison 57-58 : noire, suite à une double fracture de la jambe qui l'immobilise près d'une saison.
La saison 58-59 : d'un grand millésime !
- une grosse équipe de dirigeants : MM Berton - Gravouille - Gillard - Largeau - Campredon - ...
- un chef d'orchestre : René Biénès (27 fois international)
- un groupe de joueurs confirmés : Lasseube - Dubourg - Charpentier - Duffour - Gay - Marnier...
Permettent au SAR de décrocher un premier titre national : Champion de France honneur :
Le 17 mai 59, à Agen : SAR : 12 - Pézilla : 9
La saison 60 - 61 : prometteuse - le SAR termine 1° d'une poule (3° division) relevée avec le BEC, Tartas, Rion des Landes, Parentis, Valence d'Agen... mais galvaudée suite à un flirt malheureux avec la fédérale 2: le match de la montée à Montluçon, SAR : 3 - Rumilly : 6.
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Des souvenirs de la main courante et de ses supporters passionnés: Jean m'en voudrait de ne pas citer la famille Placet, Marcel et Charlotte. Lui était aussi petit et sec qu'elle était grande et massive, tel un deuxième ligne de soutien, flirtant avec le quintal.
Ils étaient pour les jeunes de l'époque leur famille d'adoption, les veilles de matchs importants, ils mangeaient chez Charlotte, elle aux fourneaux, Marcel au service... et les plus intrépides pour la "bagatelle" passaient la nuit dans les chambres du haut, sous bonne garde !
Sur le terrain, l'un à un bout, l'autre à l'opposé, ils faisaient la loi trente mètres autour d'eux; et surtout que personne ne dise du mal des "petits" car on en venait vite aux mains... et Charlotte n'avait peur de rien... Comme le jour où lors d'un match de phase de finale, à Libourne, Marcel, au cours d'une altercation, reçut un coup de genou dans les testicules. Prévenue de l'outrage, Charlotte, après avoir confié son dentier à Me Brault (mère de Jean) se planta à la sortie du stade pour repérer le coupable... chose difficile ! Quand un gamin - d'où venait-il ? - lui montra le soi-disant responsable. Est-ce bien lui ? Qu'importe, toujours est-il qu'il reçu un coup de poitrail qui l'envoya trois mètres à la ronde !
Des souvenirs des jeunes qu'il a initiés à la balle ovale : demandez aux Martial, Arnaud, Hoarau... Pas un n'a oublié Jeannot et sa 2CV... plus que ça, ils n'ont pas oublié l'homme.
Il est un âge où l'adolescent se demande si l'adulte qui est face à lui ne le prend pas pour un con... et de la réponse à cette question dépend l'homme à venir. Jean était de ceux à qui, spontanément, se confiaient les jeunes, bien souvent en mal de vivre et à la recherche d'une main tendue pour ne pas couler. Rien de rationnel, pas d'explication, c'est intuitif, viscéral : le regard - le niveau de langue - le contenu du discours. A quinze ans, on "sent" l'autre, on "sent" quand le mec en face - et c'est rare - n'est pas là pour sanctionner systématiquement ce qui vient d'un ado. Jean était un mec comme ça, les jeunes sentaient qu'il n'outrepasserait pas son statut d'adulte pour les abuser : partant de là, il était écouté et apprécié.
Aujourd'hui, peut-être dépassé par l'évolution des modes de penser, il a pris du recul, refusant de cautionner un mode de fonctionnement dans lequel il ne se reconnaît plus... toutefois, il reste à la disposition du club, toujours prêt à donner un coup de main quand il y a besoin.
Passionné par la nature, souhaitons lui de courir encore longtemps les bois d'Echillais pour taquiner le goujon, harceler la bécasse, ramasser le champignon... encore trente ans, et nous fêterons ton centenaire !
Salut Jean.
Taupe. |