Henri, c'était un regard bleu, bleu acier, un regard froid pour mieux annihiler les débordements d'un interlocuteur trop envahissant:
" Eh ! gars... nous n'avons pas gardé les vaches ensemble, que chacun reste à sa place..."
Henri, c'était parfois un sourire à peine dévoilé mais rassurant pour mettre en confiance un interlocuteur bridé par une approche tétanisante, par la timidité ou les aléas du moment :
" N'aie pas peur garçon, parle... je suis à l'écoute."
Henri sentait les gens, avait le don de les amener à choisir "la bonne longueur d'onde", celle qui autorise un échange honnête et si possible efficace.
L'efficacité : Henri était un pragmatique, le discours était bref mais précis, l'action simple mais utile.
Voilà, Henri voulait être utile aux autres.
Utile ne l'a-t-il pas été en tant que joueur ?
S'il est arrivé au rugby sur le tard, il a réussi la performance de s'imposer dans un milieu qui exclut les tricheurs : celui des gens qui jouent en première ligne, un monde fait de fierté, de roublardise et de respect.
De la fierté, il en avait. S'il est des gens qui se battent pour aller sur Mars, lui se battait (et prenez le mot au sens le plus large), il se battait pour quelques centimètres !
- pas question de reculer (la honte !) mais si possible avancer... prendre l'ascendant sur son vis-à-vis (quelle jubilation ! fierté oblige.)
- pas question de se laisser chahuter. (ça fait désordre !)
- pas question de perdre un ballon sur sa propre introduction. (l'humiliation... collective et la réaction tout aussi collective qui en résultait !)
- pas question de montrer ses faiblesses, ses lacunes.
- pas question de laisser apparaître ses blessures tant physiques que morales.
Et cette fierté le poussait trop souvent jusqu'à la roublardise : recours à des moyens illicites, bien souvent exagérés, rarement appréciés de l'adversaire, toujours condamnés par l'arbitre... (ce qui faisait le sel du rugby d'antan !). Cette envie de gagner a bien souvent trahi Henri... pour avoir joué à ses côtés, je peux affirmer qu'il regagnait les vestiaires avant les autres... les arbitres ne l'ont jamais compris.
Enfin pour lui, venait la troisième mi-temps ou le plaisir de retrouver son adversaire pour qui il avait le plus grand respect et c'était généralement réciproque, et ce quels que soient les débordements sur le terrain, pour boire une bière et parler d'histoire de piliers.
Utile ne l'a-t-il pas été en tant que dirigeant ?
Courant saison 1994-1995, les seniors entraînés par B. DUBOURG et Henri, au terme d'un bon parcours, obtiennent leur billet pour accéder à la 3° division.
Avec l'intersaison, nouvelle équipe dirigeante, nouveau vice-président qui s'empresse, sans doute pour les remercier, de congédier nos deux acolytes. Henri, dépité, rejoint Tonnay-Charente.
Et comme cela est trop souvent arrivé dans ce club, c'est le fiasco : mauvaise gestion, mauvaise ambiance, mauvais résulats... et trois mois plus tard, les rats quittaient le bateau, sans avoir oublié auparavant de dilapider "la chaussette", accumuler les dettes, mettant le club au bord du gouffre, prêt à déposer le bilan.
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Dans son coin, Henri aurait pu en rire. Non, il s'est dit : "c'est mon club, il faut que je lui sois utile." Avec le concours de J.C. DINAND - devenu président malgré lui (pensez donc, personne ne voulait du bébé) - et une poignée de jeune formés au club, ils rétablirent une situation bien compromise.
Décembre 1998, malgré un début de saison à l'avantage du club (invaincu depuis le 19 octobre, qualifié quatre matchs avant la fin de la saison régulière), l'entraîneur P. HANNOYER démissionne. Sollicité par le président M. BRANCHUT, Henri prend la direction du groupe à la plus grande satisfaction de tous. Aidé de C. PILON et E. LAFARGUE, il permet au SAR de retrouver la F.3. et d'atteindre le 1/8° de finale du championnat de France !
Utile ne l'a-t-il pas été en tant qu'entraîneur ?
Les seniors qui l'ont côtoyé s'en souviennent. Quand Henri annonçait: "Ce soir, nous faisons du physique...", beaucoup de visages se fermaient, certains regrettaient de ne pas avoir attrapé un gastro. ou une rhino. ...ou les deux ! parce que Henri était exigeant, mais n'avait-il pas le droit de l'être dans la mesure ou il l'était vis-à-vis de lui même ? A titre d'exemple, il en est un qui s'en souvient, ou plutôt ses mollets s'en souviennent : c'est Titi POTUT, le jour où Henri lui a fait monter le viaduc au pas de charge !
Utile ne l'a-t-il pas été en tant qu'éducateur ?
Il y a cinq ans, j'étais en cadet, je saturais, le discours ne passait plus, l'usure... et l'arrivée d'Henri nous a apporté un souffle nouveau. Oh ! certes, au départ, le discours fut rude pour des gamins encore habitués à la mansuétude familiale... il faisait peur... il passait pour un fou... beaucoup de garçons ont mis un certain temps à s'acclimater... beaucoup de parents s'interrogeaient en le voyant gesticuler, vociférer sur le bord du terrain...
Et puis chemin faisant, on s'est rendu compte qu'il était dans le vrai. Ses maîtres-mots étaient : travail, rigueur, respect de l'autre, joie d'être ensemble. Et ce cocktail nous a permis de progresser, d'aller crescendo, de réussir trois belles saisons, avec à chaque fois une qualification pour le championnat de France
- il y a 3 ans, nous sommes éliminés dès le 1° tour en 1/32°
- il y a 2 ans, nous atteignons les 1/8°, battus par Juillan (Tarbes)
- et l'an dernier, nous chutons en 1/2 finale contre Joué-les-Tours.
Tous ces gamins se souviendront...
Spécialiste des virées entre intimes, suite à un entraînement ou un match, avec Pingouin, Popaul, Jambon-blanc, Antoine le basque... Demandez à Djéma, Carole, Mario... et si les murs du B.D.S (bar des sports) se mettaient à parler...
Utile, Henri l'était pour provoquer, animer, prolonger ces expéditions nocturnes, aussi imprévisibles, qu'improvisées.
Comme d'autres qui nous ont quittés prématurément : Me BOURIT, Bernard MOINIER, Alain LAVAUD, Patrick WIEBER, Marc SAINT SARDOS... Chacun avec sa personnalité, ses compétences, sa disponibilité a contribué à faire le club. Merci à eux. Salut Henri.
TAUPE (2004)
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